RD Congo – Kinshasa: Les transports en commun se modernisent

27 juillet 2013 3:06 0 commentsViews: 34

-RDCPour remédier à la pénurie de transports en commun à Kinshasa, la capitale congolaise, le gouvernement congolais fait feu de tout bois : achat de bus, création de lignes, incitations fiscales…

Kinshasa, c’est près de 10 000 km2 et 10 millions d’habitants. Une ville quatre fois plus grande que le Luxembourg, aussi peuplée que le Bénin… et longtemps dépourvue de moyens de transport publics dignes d’une agglomération moderne. Pour la majorité des Kinois, éparpillés dans les 24 communes qui composent la capitale congolaise, se déplacer relève souvent du cauchemar ou de l’épreuve de gymnastique. « Pour monter à bord d’un taxi-bus, il faut batailler : bousculades, tiraillements, insultes… Certains n’hésitent pas à entrer par la fenêtre, et le chauffeur ne démarre que lorsque les clients sont entassés comme des sardines sur des bancs. Un vrai capharnaüm », raconte Thomas Pemba. Étudiant à l’Institut supérieur de commerce de Kinshasa, il prend chaque matin ces « combis » aux allures vieillottes qui assurent les mouvements quotidiens de la population dans la ville.

Les fourgonnettes surchargées causent tant d’accidents qu’on les surnomme esprits de mort.

Jusqu’ici, les différentes initiatives de l’État visant à améliorer les transports en commun kinois ont fait long feu. C’est au tour du gouvernement d’Augustin Matata Ponyo de s’attaquer au dossier. « Trois cents bus ont été commandés, sur fonds propres [plus de 31 millions d’euros]. Deux cents sont déjà arrivés et cinquante ont été mis en circulation le 30 juin, jour du 53e anniversaire de l’indépendance de la RD Congo », détaille Pacifique Kaoze Kitenge, conseiller à la primature. « Dans un premier temps, ils desserviront deux lignes pilotes : la première vers Ngiri-Ngiri (en passant par Kasa-Vubu, Lingwala et la commune de Kinshasa), la seconde vers Kintambo. Des communes proches du centre-ville qui répondent aux conditions optimales de circulation », explique le conseiller. Le projet est mis en œuvre progressivement pour éviter tout échec dû à la précipitation. Le gouvernement tient à réussir son pari. Une équipe de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) se trouve même sur place pour encadrer celles de Transport du Congo (Transco), la société publique qui vient d’être créée.

Grande pompe

« Ce n’est pas la première fois que l’État lance une entreprise pour gérer le réseau public de bus, note Daniela Mbeko, une jeune Kinoise. Récemment encore, il y a eu City Train. Où sont passés ces bus reçus en grande pompe ? Ici, le grand problème demeure la gestion des biens publics. Nous attendons de voir Transco à l’œuvre. » Cette tentative sera-t‑elle la bonne ? Le gouvernement Matata y croit et a pris certaines dispositions pour qu’elle produise les résultats escomptés. Une opération de sensibilisation des usagers aux bons comportements a été lancée, des arrêts et des abribus ont été construits et des conducteurs formés. La création d’une autorité de régulation des transports urbains est également à l’étude. Avec la Banque mondiale, le gouvernement congolais réfléchit aussi à la possibilité de mettre des minibus neufs à la disposition d’acteurs privés qui s’engageraient à les acheter au bout de trois ans.

D’autres mesures sont prises pour inciter les entrepreneurs à participer à l’aventure. Désormais, les bus neufs importés en RD Congo et destinés aux transports en commun sont exonérés de droits de douane. De plus, « les véhicules comptant au moins douze places assises et vieux de moins de sept ans bénéficient d’un allègement fiscal et douanier », explique Pacifique Kaoze Kitenge. Une stratégie qui vise notamment à débarrasser progressivement Kinshasa de ses vieilles fourgonnettes Mercedes 207, surnommées esprits de mort. Souvent mal entretenues, elles causent de nombreux accidents de la circulation, mais restent surchargées de passagers.

 

L’État envisage en outre sérieusement la création d’un tramway qui emprunterait deux itinéraires de 25 km chacun. Il desservirait dans un premier temps 12 des 24 communes de Kinshasa. Doté de 50 rames neuves d’une capacité de 350 passagers, il pourrait « transporter jusqu’à 250 000 voyageurs par jour », avance Pacifique Kaoze Kitenge, qui précise que le projet se trouve « en phase de montage financier ». Mais aucune date n’est encore arrêtée pour le lancement des travaux. « En 2009, le gouvernement évoquait déjà la piste d’un tramway à Kinshasa. À l’époque, une société spécialisée belge avait même été approchée, mais rien n’a été fait. Nous espérons que, cette fois-ci, les gouvernants ne se contenteront pas de beaux discours », confie un élu kinois, dubitatif.

Le gouvernorat suit le mouvement

Les autorités provinciales viennent de mettre en concession 100 minibus et font la chasse aux véhicules vétustes.

Les spécialistes sont unanimes. Pour améliorer les conditions de transport en commun dans une ville aussi étendue et peuplée que Kinshasa, il faudrait au moins 2 000 bus modernes. Même le ministre provincial chargé des transports en est bien conscient. « Les quelque 200 ou 300 bus neufs [commandés par les autorités nationales] ne pourront pas résoudre tous les problèmes de transports en commun dans la capitale, reconnaît Godard Motemona, mais c’est déjà un bon début. »

Arbitraire

C’est pourquoi, parallèlement aux efforts de l’État, le gouvernorat de Kinshasa a acquis de son côté 100 minibus. « Nous avons concédé leur gestion à nos partenaires chinois pour profiter de leur savoir-faire dans ce domaine », avance le ministre. Et pour débarrasser la capitale congolaise de tous les moyens de locomotion qui « ne répondent pas aux normes », le gouvernement provincial veut désormais imposer « le strict respect de la réglementation ».

« Plus de place pour l’arbitraire, argue Godard Motemona. Ces engins vont disparaître d’eux-mêmes de la circulation parce qu’il ne leur sera plus possible de rouler à Kinshasa sans avoir satisfait à un contrôle technique obligatoire. » Encore faut-il que les contrôleurs ne cèdent pas, à leur tour, à la corruption. C’est là tout le problème…

source: Jeuneafrique

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